Les Cathédrales

Saint-Paul-Trois-Châteaux

Cathédrale : Notre-Dame et Saint-Paul Maire :
Département : Drôme Diocèse : Diocèse de Valence
Région : Rhône-Alpes Evêque : Mgr Jean-Christophe Lagleize
Protection : Classée MH Statut : ancienne cathédrale
Propriétaire : commune
Lien : Site internet
Adhérent : Oui
   

Particularité architecturale

L’église de Saint-Paul-Trois-Châteaux, cathédrale jusqu’à la Révolution, fut construite dans une zone funéraire du Haut Moyen-Âge, à l’emplacement d’un édifice antérieur mis au jour au cours de fouilles archéologiques en 2000/2001. Il s’agit peut-être de la basilique qui abritait la tombe du saint évêque Paul.
Le monument roman, commencé à l’est dans la première moitié du XIIe siècle, s’acheva par la façade occidentale au début du XIIIe. La dédicace fut prononcée sous Geoffroy de Voguë, évêque de 1211 à 1233.
La cathédrale est un très bel exemple d’art roman provençal. L’art roman se définit par l’arc en plein cintre ou en berceau brisé reposant sur des murs épais et peu ouverts, renforcés par des contreforts. L’art roman provençal conjugue ces principes fondamentaux à des caractères plus régionaux, à savoir la simplicité des plans, l’harmonie des volumes, le dépouillement du décor, la perfection de la taille et de l’appareillage des pierres et surtout une référence profonde à l’antiquité.


L’extérieur :
La cathédrale est bâtie en un moyen appareil très soigné de pierre calcaire provenant des carrières de Saint-Restitut.
A l’est, le chevet est formé d’une abside principale à pans coupés entourée de deux absidioles demi-circulaires qui terminent les nefs latérales (bas-côtés).
Le décor localisé autour des fausses ouvertures et sur la corniche de la toiture se révèle très fouillé. De nombreuses pierres portent des signes lapidaires, marques des tâcherons qui les ont taillées.
La décoration extérieure fut privilégiée du côté méridional, tourné vers la ville. Un fronton triangulaire et une corniche à décor de feuilles d’acanthe, reposant sur les pilastres d’angle, couronnent le bras du transept dans lequel s’ouvrent trois baies romanes. La fenêtre supérieure s’inscrit sous un gâble sectionné par une ouverture aménagée à l’époque gothique et obturée par la suite. Des pierres sculptées figures des personnages, des animaux, des monstres fabuleux, des signes du Zodiaque et des motifs géométriques.
Le clocher, décentré sur le bras méridional du transept, domine le monument de sa masse puissante. Fortement endommagé en 1561, il fut remanié « dans l’esprit roman » au XIXe siècle.
La partie haute de la nef centrale se distingue par sa corniche et sa triple arcade d’inspiration antique.
L’entrée sud de l’église fut maintes fois remaniée depuis l’époque romane. Au milieu du XVe siècle, une façade gothique fut plaquée contre le porche. Le tympan roman qui à l’origine représentait l’Adoration des Mages a complètement disparu. Au XVIIe siècle, on le dissimula derrière une niche baroque dont il ne subsiste plus aujourd’hui que le linteau. Sur les façades gothiques du porche et de la chapelle qui le flanque, de belles gargouilles rejettent l’eau de pluie.
Au sud-ouest, se trouve une élégante baie romane. La façade occidentale étonne par son volume et sa sobriété. Dans la partie haute, trois oculi (lucarnes rondes) décentrés et deux fenêtres éclairent les nefs. Le portail central est entouré de pilastres et de colonnes engagées dont les cannelures se terminent en spirales. L’absence de chapiteau laisse penser que la décoration est restée inachevée. Le décor de la porte en plein cintre reprend celui de l’entrée méridionale : une succession de rangées de motifs ornementaux et une gorge où alternent des masques et des fleurons.
Comme beaucoup d’églises de la région, la cathédrale présente un côté nord aveugle. La présence jusqu’au XIXe siècle du cimetière et de maisons au nord ne favorisait d’ailleurs pas le développement du décor. Le bras du transept est simplement animé de bandes lombardes.

L’intérieur illustre la rigueur et la majesté des constructions romanes. Longue de 28 m, la cathédrale atteint une largeur maximale de 24,90 m et une hauteur à la voûte de 19 m.
La lumière pénètre dans l’édifice par les ouvertures percées dans la façade occidentale et par les fenêtres hautes du côté sud. La nef centrale est voûtée en berceau renforcé par des arcs doubleaux à double ressaut, les nefs latérales en demi-berceau. La communication se fait au moyen de grandes arcades en plein cintre. Dans la nef centrale, ces arcades sont surmontées d’un étage haut dont le remarquable décor sculpté fut réalisé dans la dernière travée et interrompu dans la travée suivante, vraisemblablement pour des raisons financières. Il s’agit d’un faux-triforium (ou fausse tribune du fait que l’on ne peut y accéder) composé de trois niches flanquées de colonnettes aux chapiteaux variés. La corniche est composée d’oves, de perles…, de feuilles d’acanthe et de beaux rinceaux. Au dessous, la frise d’une grande finesse d’exécution figure un rideau dont le cordon est tendu aux extrémités par des personnages en costume du Moyen-Âge.
La séparation des travées se fait par des demi-colonnes finement travaillées, mais elles aussi inachevées. Les symboles des évangélistes marquent les angles de la nef centrale : l’aigle de saint Jean (au nord-est), le lion de saint Marc (au sud-est), le taureau de saint Luc (au nord-ouest), l’ange barbu de saint Matthieu (au sud-ouest). Au retour de la corniche qui les surmonte, on remarque de beaux masques humains et zoomorphiques.
La croisée du transept est couverte d’une coupole octogonale sur trompes dont l’agencement des pierres est particulièrement soigné. Sous le sol se trouve le caveau des évêques des XVIIe et XVIIIe siècles.
Le bras sud du transept est éclairé par trois baies : le bras nord est aveugle, les ouvertures étant toutefois dessinées en symétrie.
Dans le chœur, la voûte en cul-de-four est rythmée de quatre nervures plates dans l’axe de colonnes cannelées ou torsadées à chapiteaux d’inspiration corinthienne.
Derrière l’autel majeur, le sol du presbyterium (partie de l’abside où l’évêque pouvait réunir le chapitre) est pavé d’une rare mosaïque romane, restaurée en 2001, représentant des motifs de rinceaux, d’entrelacs et de végétaux, les symboles des évangélistes (un a disparu) et la ville de Jérusalem, « JERVSALE », avec ses remparts crénelés et leur tours, sa porte à ferronnerie, ses escaliers, un édifice à coupole (le Saint-Sépulcre) et un autre à toit pointu. A gauche, un homme joue de l’olifant. Les fouilles pratiquées en 2000 dans le sol de la cathédrale ont montré que la mosaïque s’étendait à l’origine sur toute la croisée du transept, dont le sol a ensuite été remodelé au cours des siècles. La mosaïque représentant une sirène-oiseau est présentée au Musée d'archéologie tricastine.
Face à l’entrée méridionale, un des piliers de la nef présente un décor sculpté aujourd’hui très mutilé qui illustre la Résurrection des Morts (fin de l’époque romane). Des peintures murales des XIVe et XVe siècles ornent plusieurs arcs et piliers. On remarque notamment des motifs végétaux, une Vierge à l’enfant, un Christ en majesté entouré des symboles des évangélistes, un baptême du Christ où le chanoine donateur est figuré entre Jésus et saint Jean-Baptiste.
Les bas-côtés sont flanqués de chapelles élevées postérieurement. Au sud, la chapelle Notre-Dame l’Épiscopale de style gothique, fut édifiée en l’honneur de la Vierge Marie en 1460 par Étienne Genevès, le seul évêque originaire de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

Précisions

L'organisation de la ville médiévale de Saint-Paul-Trois-Châteaux est maintenant bien connue notamment grâce à l'étude des terriers et des découvertes archéologiques. Une enceinte, attestée au XIIe siècle enserre un tissu urbain dense composé de "quartes" (quartiers dédiés). On trouve le groupe cathédral au nord ouest, le palais épiscopal au nord-est. Le quartier juif se situe entre la place du marché et le palais épiscopal...

"Détail" historique

Le monument souffrit beaucoup des guerres de Religion. Si, en 1535 ou 1536, les Réformés ne se livrèrent qu’au pillage d’objets précieux, on assista, la veille de Noël 1561, à sa dévastation. La cathédrale fut laissée à l’abandon pendant une quarantaine d’année d’exil de l’évêque.
Durant cette période, le clocher et plusieurs voûtes s’écroulèrent. Les restaurations furent entreprises à l’aube du XVIIe siècle, d’autant mieux que l’on contraignit les Protestants à participer aux dépenses. En 1635, on édifia au dessus de la coupole un dôme baroque (démoli en 1858/1859).Les dommages de la période révolutionnaire se limitèrent, fort heureusement, aux ornements liturgiques et au mobilier.
Classée Monument Historique en 1841 sur recommandation de Prosper Mérimée, l’église connut d’importantes restaurations au XIXe siècle.

Patrimoine mobilier remarquable :

Le mobilier de la cathédrale de Saint-Paul-Trois-Châteaux:

Les portes en bois des entrées occidentale et méridionale datent de la fin du XVIIe siècle.

L’évêque Claude Ruffier offrit en 1663 un maître-autel en bois doré, classé Monument Historique, aujourd’hui visible dans le bas-côté nord. Il est surmonté d’un tabernacle plus tardif (début XVIIIe siècle) et d’un retable rapporté en bois doré encadrant une toile du XVIIe siècle représentant Saint Martin guérissant un pestiféré.

Les stalles des chanoines, récemment restaurées, ont été réalisées dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

En 1704, l’évêque Aube de Roquemartine commanda l’orgue, classé Monument Historique, sculpté par le facteur avignonnais, Charles Boisselin. Le buffet reposait à l’origine sur une tribune en bois, remplacée en 1757 par la construction actuelle. L'orgue a été restauré en 2013-2014 par Claude Berger.

Dans la chapelle Notre-Dame l’Épiscopale sont notamment présentés un tableau du XVIIIe siècle « Les Familles du Christ » ainsi que les portraits (fin 16e/début 17e siècle) de deux évêques de la fin du XVIe siècle : Antoine du Cros et Antoine Gaume. Un buste d’évêque en bois doré daté du XVIIIe siècle complète cet ensemble d’œuvres inscrites à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Dans le transept, une copie de « La Cène » de Léonard de Vinci par Molinari (1838) fait face à « L’Adoration des Bergers » du peintre valentinois Choisnard (1844). Enfin, la façade occidentale s’orne d’une grande toile de 1847 du peintre Sennequier illustrant la légende de saint Paul et du portrait par Auguste-Félix Clément (1878) de Monseigneur Sibour, natif de Saint-Paul-Trois-Châteaux et archevêque de Paris de 1848 à 1857.

Enfin une Vierge à l’enfant en marbre, copie ancienne d’une œuvre du sculpteur marseillais Pierre Puget (1620-1964), est présentée dans le bas côté sud de la nef.



Travaux d'entretien / de restauration :

Des restaurations récentes ont été effectuées sur le monument : 2000/2001 mise en place d'un chauffage au sol ; 2013-2014 restauration de l'orgue historique.

Plan de financement des travaux d'entretien / restauration :

Etat, conseil général Drôme et mécénat

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